À Bruxelles, les villes mémoires renforcent leur engagement pour le projet européen

Publié le 25/05/2026

Le 7 mai dernier, Bruxelles a accueilli un événement européen à l'initiative de la Communauté urbaine de Dunkerque et du réseau international des Villes Mémoires. Cette rencontre, organisée au Comité européen des Régions, a réuni élus locaux, institutions européennes, réseaux de collectivités et acteurs de la société civile autour d'un objectif commun : réaffirmer le rôle essentiel des villes dans la défense de la paix, de la démocratie et du projet européen, dans un contexte international de plus en plus incertain.

Des villes marquées par l'histoire, mobilisées face aux défis contemporains

Le réseau des Villes Mémoires, créé en 2016 à l'initiative de Dunkerque, rassemble des villes profondément marquées par les destructions et les traumatismes des conflits du XXe siècle. Ces territoires, connus bien au-delà de leurs frontières pour les drames qu'ils ont traversés, ont choisi de faire de leur histoire un levier d'engagement pour l'avenir.

Comme cela a été rappelé lors de la journée, si ce réseau s'est construit autour d'un passé partagé, les enjeux actuels lui donnent une résonance particulièrement forte. Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, les collectivités locales apparaissent comme des acteurs clés, en première ligne, au contact direct des citoyens.

L'Ukraine au centre des préoccupations : mémoire, reconstruction et résistance

Une seconde séquence de la journée a été consacrée aux enjeux rencontrés par les collectivités territoriales ukrainiennes, aujourd'hui en première ligne dans la défense des valeurs européennes.

Les représentants ukrainiens ont rappelé que leurs villes sont non seulement des territoires en reconstruction, mais aussi des espaces où se jouent des enjeux majeurs de mémoire et de vérité. À Boutcha, plusieurs centaines d'enquêtes sont en cours sur des crimes de guerre, illustrant un nouveau défi mémoriel à l'ère de la circulation massive de l'information.

La ville a également partagé son travail en cours autour de la création d'un mémorial des 33 jours d'occupation, tout en remerciant ses partenaires européens pour leur soutien, appelant à renforcer les coopérations.

Vadim Boytchenko, maire en exil de Marioupol, a quant à lui témoigné de l'ampleur des destructions et de la violence du conflit :
22 000 morts lors du siège, environ 6 000 habitations détruites, et un coût estimé à plusieurs milliards d'euros pour la ville.

Au-delà des chiffres, il a insisté sur l'importance de maintenir le soutien européen :

« Là où certains parient sur une fatigue du soutien européen, nous devons continuer à parler aux citoyens pour leur expliquer pourquoi ce soutien est essentiel. »

Redonner une dimension politique au projet européen

En conclusion de la journée, Patrice Vergriete a insisté sur les défis auxquels fait face aujourd'hui le projet européen, à la fois sous pression de forces extérieures et fragilisé par des dynamiques internes.

Il a rappelé que ni l'interdépendance économique ni la démocratie ne suffisent à garantir la paix, notamment à l'heure de la désinformation :

« Quand on fait du projet européen un projet technocratique, on se trompe. Il y a besoin de plus de politique en Europe. »

Pour lui, la réponse passe par :

  • le renforcement des liens entre citoyens européens ;
  • la multiplication des rencontres, en particulier entre jeunes ;
  • et une approche fondée sur le « care », c'est-à-dire sur l'attention portée aux autres, à l'opposé des logiques de guerre.

Vers une alliance élargie des territoires européens

Au-delà du cercle des Villes Mémoires, l'Engagement de Bruxelles ouvre la voie à une mobilisation plus large des collectivités territoriales. L'objectif : fédérer une alliance de territoires capables de porter, au niveau local, une vision politique du projet européen.

Cette dynamique repose sur une conviction forte : l'Europe se construit aussi dans les villes, au plus près des citoyens. Et c'est en s'appuyant sur la mémoire, la jeunesse et le dialogue que ces territoires peuvent contribuer à bâtir une Europe plus résiliente, plus solidaire et plus démocratique.

Pour en savoir plus sur le réseau des Villes Mémoires :
Découvrir le projet des Villes Mémoires

De l'Appel de Dunkerque à l'Engagement de Bruxelles

Cet événement s'inscrit dans la continuité de l'Appel de Dunkerque, lancé en mai 2025, qui invitait les villes européennes à lutter contre les nationalismes, à défendre les valeurs démocratiques et à promouvoir le projet européen.

La rencontre de Bruxelles a permis de franchir une nouvelle étape avec l'adoption de « l'Engagement de Bruxelles », appelant à une mobilisation élargie des collectivités locales à l'échelle européenne pour défendre les valeurs fondatrices de l'Union et construire une Europe résiliente, solidaire et pacifique.

La jeunesse au cœur de la dynamique

L'un des temps forts de la journée a été consacré au rôle de la jeunesse, au cœur du projet des Villes Mémoires. Les échanges entre jeunes de Dunkerque, d'Ypres ou encore de Boutcha (Ukraine) ont mis en lumière une réalité forte : malgré des contextes différents, ils partagent des préoccupations et des expériences communes dans leur vie quotidienne.

Ces rencontres permettent de dépasser les représentations médiatiques et de construire une compréhension directe des réalités vécues.
Comme l'ont exprimé plusieurs jeunes participants :

« Après avoir rencontré les jeunes de Boutcha, quand on se balade dans Dunkerque, qu'on voit les éléments reconstruits, oui, on se sent un engagement. »

De son côté, Patrice Vergriete a encouragé les collectivités à amplifier ces dynamiques :

« J'espère qu'en ayant échangé avec les jeunes de Boutcha, en ayant découvert le passé de Dunkerque, vous vous trouvez une responsabilité particulière. »

Dans cette perspective, il a appelé les villes européennes à mobiliser davantage les outils existants, notamment le programme Erasmus+, afin de renforcer les échanges et l'engagement des jeunes pour une Europe ancrée dans sa mémoire et tournée vers l'avenir.

Les villes, actrices politiques de la démocratie européenne

Les échanges ont également mis en avant le rôle stratégique des collectivités dans la défense des valeurs démocratiques.

Plusieurs intervenants ont alerté sur les défis actuels :

  • Martin Revault a souligné que « les villes européennes se sentent isolées » dans un contexte mondial marqué par la montée des régimes autoritaires ;
  • Mélanie Lepoultier (AFCCRE) a rappelé les risques pesant sur la démocratie au niveau local ;
  • André Sobczak (Eurocities) a insisté sur la nécessité de passer par les villes pour mieux parler aux citoyens ;
  • le maire de Gdansk a qualifié les villes de véritables « sentinelles » de la démocratie.

Dans cette perspective, la transmission de la mémoire et la capacité à nourrir un débat critique apparaissent comme des enjeux essentiels. Comme l'a rappelé la ville de Dresde :

« Plus grave encore que l'oubli, c'est la simplification. »

Un message qui souligne la nécessité de créer des espaces de dialogue, de questionnement et de responsabilité pour faire vivre une démocratie exigeante.

ADHÉRENT

Communauté Urbaine de Dunkerque (CUD)

Pertuis de la Marine, BP 85530, 59386 DUNKERQUE CEDEX 1

Site Web

Type de structure : Collectivité territoriale
Représentant : Mme Nathalie Cos (Cheffe de service Coopérations Europe et International)
Pays d’intervention : Algérie, Allemagne, Belgique, Comores, Espagne, Liban, Pologne, Royaume-Uni, Russie, Territoires palestiniens, Tunisie

La Communauté Urbaine de Dunkerque est la 1ère Communauté Urbaine volontaire de France. Elle a été créée par décret le 21 Octobre 1968. Elle agit pour le développement de son territoire et le bien-être de ses habitants. L'agglomération est, en 2015, composée de 21 communes et communes associées, pour 200.000 habitants. Elle couvre une partie de la Flandre maritime et toute la façade littorale du département du Nord. Portuaire et transfrontalier, l'agglomération dunkerquoise est par nature internationale et européenne.

Lianes coopération

Lianes coopération – Réseau régional multi-acteurs de la coopération internationale des Hauts-de-France.

Le réseau fédére l’ensemble des acteurs de la coopération internationale de la région sans distinction de statut juridique. Ensemble ses membres élaborent des stratégies communes, montent en compétence, dialoguent avec bailleurs et pouvoirs publics et mutualisent leurs actions.

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